NOUS SOMMES FORMIDABLES !

(de l’inconvénient de toujours brosser les Français dans le sens du poil)

 

Il n’existe plus beaucoup de tabou dans le discours des responsables politiques et des journalistes. Aucun gouvernement, aucune personnalité, aucune entreprise n’est aujourd’hui à l’abri d’une critique. 

Le seul et unique rescapé, c’est vous, c’est moi. Celui qui lit son journal, écoute sa radio, regarde sa télévision ou son fil d’information. Ce Français-là. « Les Français ». Nous, ni médias ni critiques n’oseraient nous critiquer. Nous…

 

…NOUS SOMMES FORMIDABLES

A lire médias comme politiques, nous sommes généreux lors de chaque collecte, courageux lors de chaque catastrophe, héroïques lors de chaque intempérie.

Ceci est d’autant plus remarquable que cette merveille d’être humain que nous sommes vit au troisième sous-sol de l’enfer. La même terminologie est utilisée pour la situation de la Syrie et celle d’un pays du G8 dont la croissance économique a ralenti après des décennies d’accélération exceptionnelle. A coté de la crise que nous traversons, les plaies d’Egypte, la grande peste ou les famines du Biafra étaient des contrariétés.

Et on nous demande tant, pauvres de nous ! Alors qu’il faut faire des efforts écologiques pour ne pas se sentir coupable, le bio est plus cher que le non bio ! Et diminuer la pollution atmosphérique exige de diminuer l’utilisation des voitures vers les centres urbains.

Pis encore ! Certains fuient la guerre et la misère chez nous et d’autres se refusent à nous laisser notre leadership économique. La tendance politique qui verra toujours un peuple moins privilégié rechercher le statut du plus privilégié n’a pas eu la décence de s’arrêter au lendemain de la Révolution française.

 

DES  CONCOURS D’ELOGES 

Derrière ces discours, une même technique rhétorique consciente ou inconsciente : Prendre le plus malheureux pour en faire une généralité. On applique à l’extrême. Il est honteux de demander de consommer du bio… à la famille qui a déjà du mal à nourrir ses membres ; Il est scandaleux de demander l’abandon de la voiture individuelle… au salarié précaire éloigné de son lieu de travail. Dans le discours des médias et des politiques, nous devenons tous cette personne-là.

Nos débats d’opinions sont devenus des concours d’éloges. Les débats sur l’intégration peuvent se résumer à la confrontation de ceux qui pensent que les Français de souche sont le seuls à plaindre et ceux qui pensant que les immigrés et leurs enfants leur volent la palme. Ceux sur l’économie confrontent des travailleurs qui n’ont jamais connu la moindre avancée sociale depuis la fin du dix-neuvième siècle à ces premiers de cordée martyrisés, héroïques et désintéressés que sont les chefs d’entreprise.

La système ne nous parle pas comme des imbéciles, le système nous parle comme à des malheureux.

 

QUI TROP SE REGARDE, POINT N’AVANCE 

Quelles conséquences ? Après tout nous sommes un peuple qui n’a jamais eu besoin de personne pour se sentir à plaindre.

La première est que l’on oublie la réalité de notre statut, on oublie « où nous sommes ». Celui ou celle qui peut s’acheter un smartphone fait partie des 30% de personnes les plus riches du monde, celui qui a un revenu supérieur à 2 000 Euros net par mois fait partie des 2% les plus fortunés.

La seconde est un sentiment de dilution de notre possibilité d’action vis à vis de la communauté des êtres. « Nos enfants nous en voudront ». « L’Humanité devrait avoir honte ». Tout le Monde serait responsable au même niveau. Le don moyen d’un Français est d’un peu moins de 480 Euros par an. Nous n’avons pas « tout fait pour l’Afrique », nous en avons uniquement beaucoup parlé.

Si cet environnement médiatique et politique nous rendait plus heureux, nous pourrions au moins en profiter joyeusement en se disant qu’après tout si les Hindous ont raison pour la réincarnation autant en jouir maintenant.

Mais au-delà du discours médiatique environnant, chacun de nous est conscient au fond de cette absence de partage. Le placard a beau être fermé, ça tape à la porte.

Se sentir coupable d’être né « roi plutôt que pomme de terre » n’a jamais apporté rien à personne et aucun enfant n’a jamais compris le rapport entre la faim des « enfants africains »… et la nécessité de finir son assiette.  La piste de réflexion constructive est ailleurs, dans une nouvelle façon de regarder les questions politiques.

 

THE BIG PICTURE 

On ne sortira pas de la « crise des valeurs » tant que les Français ne remettront pas en cause leur rapport au reste de l’Humanité. 

La plus triste conséquence du discours politique et médiatique actuelle est que l’alpha et l’oméga de toute politique économique se résume aujourd’hui à un unique indicateur, celui de la compétitivité des entreprises nationales.

On oublie de regarder l’ensemble de l’image. On oublie de poser les débats d’aujourd’hui sur le féminisme, le revenu universel où les normes environnementales sur une base internationale.

Il est pourtant certain que c’est cette approche qui permettra de poser les solutions de demain.

 

 

 

NB : L’auteur décline toute responsabilité sur les conséquences immédiates pour la carrière du ou de la première responsable politique qui proposera cette approche dans un programme de gouvernement.

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s