Préserver les forêts d’Amazonie

foret

Comment un leader européen d’importation de bois a accepté de respecter des règles de gestion durable pour l’ensemble de ses importations en provenance d’Amazonie.

Acteur : Greenpeace International

Changement obtenu : Labellisation FSC de l’entreprise Lapeyre.

Période : 2000/ 2002

En 1999, près de 80 % des forêts anciennes ont disparu de la surface de la planète, majoritairement durant les trois décennies précédentes.

Les conséquences de cette disparition sont multiples : En dehors de la perte de patrimoine naturel et de celle d’un habitat pour les derniers peuples de la forêt, les forêts anciennes influent sur le climat en régulant la chute des pluies et en stockant de grandes quantités de carbone, diminuant ainsi les risques de réchauffement de la planète.

L’association va alors procéder par étapes.

Analyser le problème

Pour permettre d’enrayer le phénomène, l’association Greenpeace va commencer par l’analyser. D’après l’association, les raisons de ce désastre écologique sont claires : “Les grandes compagnies forestières […] pratiquent l’abattage systématique, illégal la plupart du temps, dans le seul but de s’assurer les profits à court terme générés par le commerce du bois” 1

Le bois en question étant ensuite vendu dans les grandes surfaces spécialisées, la pertinence d’une action basée sur la labellisation des bonnes pratiques va vite faire l’unanimité au sein de l’association.

Proposer une solution de recours

Elle va d’abord mettre en place une «bonne pratique». Le genre d’initiative qui peut s’avérer utile avant de dénoncer une mauvaise. En bref, quitte à demander à une entreprise de changer, autant lui proposer une nouvelle façon de faire.

Avec d’autres, l’association va créer le FSC = système de certification et de label basé sur des standards de performance écologique.

Ce label permet d’assurer la traçabilité du produit, de son exploitation forestière jusqu’à sa consommation finale. Ce label garantit que le bois a été exploité de façon à préserver au maximum la diversité biologique de la forêt et à respecter les intérêts des populations locales.

Choisir sa cible

Elle va ensuite réfléchir aux moyens de convaincre les acteurs de la filière. L’objectif étant clair : Le bois, qui arrive en France, ou dans un autre pays importateur, sous forme de papier ou brut pour le sciage, la construction ou le mobilier, doit être éco-certifié par le label FSC.

Restait la question du premier acteur à viser.

En général, les entreprises exportatrices brésiliennes sont des industriels qui achètent du bois amazonien pour faire des portes, des fenêtres ou des escaliers, et qui les revendent ensuite dans les grandes surfaces de bricolage ou dans des magasins de matériaux européen. Ces derniers sont à la fois les acteurs les plus importants et les plus fragiles en terme de sensibilisation de leurs consommateurs….

L’objectif à terme de Greenpeace est que toutes les entreprises en Europe et dans le monde travaillent avec ce label. Mais toutes les entreprises concernées par le bois, cela représente tout de même beaucoup de monde.

Aussi l’association va t’elle concentrer ses efforts sur un seul acteur : Lapeyre.

Pourquoi Lapeyre ?

– Lapeyre étant la première entreprise du secteur, son exemple est le plus susceptible d’amener l’ensemble des acteurs du marché bois vers l’éco-certification FSC.

– Lapeyre est le plus grand revendeur de bois amazonien en Europe

– Lapeyre possède une importante scierie au Brésil, “ Eldorado ”, qui fait partie des cinq plus gros fournisseurs de bois amazonien.

– Parce qu’il n’y en a pas deux (l’auteur s’excuse).

Étudier le dossier

Dans un premier temps, Greenpeace a mené un travail d’investigation et d’étude pour mieux connaître le fonctionnement de Lapeyre au Brésil.

Elle s’est aperçue que la moitié des activités sur place s’exerçaient hors des règles légales.

A la suite de ces recherches, Greenpeace a sollicité une rencontre, en septembre 1999, avec la direction du groupe Lapeyre pour lui faire part de ses conclusions concernant l’exploitation hors normes de la forêt amazonienne.

Obtenir un premier rendez-vous

Dans d’autres cas de lobby obtenir ce premier pas est beaucoup plus long. Accepter une rencontre, c’est déjà reconnaître un problème. Mais la suite allait montrer que Lapeyre n’était pas l’acteur le moins bien disposé en terme d’amélioration de ses pratiques.

Néanmoins, cette première négociation n’allait pas aboutir, Lapeyre considérant que son travail mené en Amazonie était suffisant, et surtout bien meilleur que celui des autres entreprises, tout en étant conscient de certaines irrégularités. La direction a donc considéré qu’elle n’avait rien à changer.

Convaincre sa cible / Acte I

Peu surpris de cette réponse, les dirigeants de Greenpeace ont alors décidé de donner à Lapeyre des raisons autres que morales de changer ses pratiques.

Le 28 avril 2000, en France, en Belgique, en Espagne et en Suisse, Greenpeace investit de nombreux magasins Lapeyre pour dénoncer l’utilisation du bois amazonien en apposant un autocollant sur tous les produits de ce type, et déploie des banderoles «Lapeyre détruit l’Amazonie » sur la devanture des magasins.

Convaincre sa cible / Acte II

Le résultat de l’opération est alors probant puisque Lapeyre indique enfin le nom des bois sur ses produits. Mais Greenpeace ne considère pas cette initiative suffisante puisqu’elle ne demande pas seulement la traçabilité, mais également une certification écologique, le label FSC.

L’ONG rédige alors un catalogue alternatif de Lapeyre et le distribue à l’ensemble des actionnaires du groupe lors de leur Assemblée Générale annuelle, de manière à les informer des pratiques de l’entreprise. Pour ce faire, certains proches de Greenpeace ont acheté quelques parts de l’entreprise afin d’être invité à pouvoir questionner les dirigeants et informer par ce biais les autres actionnaires.

Devant l’absence de réactions, Greenpeace décide cette fois de s’attaquer non seulement aux clients fréquentant le magasin mais également à l’ensemble des consommateurs potentiels.

Convaincre sa cible / Acte III

En juillet 2000, Greenpeace réalise une tournée dans les plus grandes villes françaises pour dénoncer la politique de Lapeyre, à bord d’un camion en forme de tronçonneuse géante de quinze mètres de long avec pour message : “ gardons l’Amazonie vivante ”. Cette action est pleinement représentative du lobbying d’opinion : la tournée permet de récolter de nombreuses signatures dans le cadre d’une pétition dénonçant les actions de Lapeyre.

Toujours pas de réaction.

Le 29 juillet 2000, Greenpeace décide de bloquer à Honfleur le cargo Aquitania qui s’apprêtait à décharger du bois amazonien destiné à Lapeyre. Sous la pression des militants, l’Aquitania a dû faire demi-tour et livrer sa cargaison à l’étranger. Ce succès permet à Greenpeace de mettre une pression supplémentaire sur l’industriel et sur tous ceux qui achètent et importent du bois en provenance d’entreprises inculpées de commerce illégal : celle du risque d’augmentation des coûts logistiques.

Convaincre sa cible / Acte IV

Après cet épisode, la Direction générale de Lapeyre s’engage oralement à certifier ses produits FSC.

Mais aucune annonce publique n’étant faite, Greenpeace continue son travail de pression à l’international en bloquant plusieurs cargos en Allemagne et aux États-Unis.

Et en septembre 2000, suite à ces différentes actions, Lapeyre décide enfin d’engager des négociations.

Une réunion est organisée en septembre 2000 avec l’ensemble des équipes. Lapeyre s’engage à éco-certifier l’ensemble de ses bois en provenance d’Amazonie dans un délai de trois à cinq ans.

Le groupe s’engage à annuler toutes ses commandes passées auprès des entreprises les plus néfastes pour l’environnement. Elle devra donc à terme s’assurer que son bois provient d’une forêt gérée de manière durable suivant les critères de certification du label FSC.

Greenpeace et d’autres acteurs purent grâce à cette avancée s’attaquer à l’ensemble des acteurs de la filière. Mais c’est une autre histoire.

Sources :

LE LOBBYING DES ONG ENVIRONNEMENTALES – Elvina BUNOD, Céline PERLES, Nathalie SUZE, Bertrand VINEL

Greenpace.org

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