La logique des entreprises

Cet article vise à passer en revue les facteurs de prise de décisions de l’acteur le plus directement impactant : l’entreprise.

Le directeur d’une centrale d’achat de la grande distribution confiait récemment à un responsable d’ONG qu’il serait personnellement ravi de payer mieux ses fournisseurs ou d’imposer des conditions de production environnementales et sociales à ses sous traitants.

Mais il avouait aussitôt que s’il en prenait l’initiative un jour sans que celle-ci rentre dans la logique de profit de son entreprise, il devrait revenir sur sa décision… ou quitter son poste.

Les raisons du succès du « développement durable »

Pourquoi depuis quelques années de nombreuses entreprises commencent-elles à mettre en œuvre des politiques de «développement durable» ou à communiquer sur la qualité sociale ou environnementale de leur production ?

Tout simplement parce que cette qualité est devenue une exigence de certains de leurs consommateurs ou de leurs investisseurs et donc une condition de leur profit ou de leur valeur.

Si on observe l’attitude des multinationales, on retrouve une motivation de profit derrière chacune de leurs «bonnes» actions. Si l’humain joue un rôle, il est moins question ici de « bien » ou de «mal» que de réalité économique.

Le groupe BSN (devenu «Danone» depuis) était considéré dans les années soixante-dix comme un modèle de bon comportement social. Les employés y étaient mieux payés qu’ailleurs, les taux de formation et de promotion interne étaient parmi les plus importants.

Cette qualité sociale s’expliquait alors par deux raisons :

  • La propre motivation du PDG d’alors (Antoine Riboud) : En tant qu’humain, l’épanouissement des salariés de BSN représentait son moteur. Le groupe de personnes que représentaient les salariés de BSN et surtout la progression de celui-ci, son épanouissement était la raison première de son investissement personnel.

– La productivité interne de BSN : Ce dont Antoine Riboud était parfaitement conscient, c’est que sa motivation personnelle n’aurait jamais suffi à permettre la poursuite de cette politique. La première raison qui a fait que cette forme de gestion a pu se mettre en place est qu’elle s’intégrait parfaitement dans la logique financière de l’entreprise : Du fait de leur épanouissement, les salariés y travaillaient mieux qu’ailleurs avec un impact direct sur la productivité

Sans ce retour pour l’entreprise, cette politique sociale n’aurait pu être poursuivie.

Cette logique entrepreneuriale ne peut être dépassée par le lobbyiste : la part de jugement moral humain étant de fait quasiment inexistante au sein d’une entreprise.

Maître du Monde, un métier d’équilibriste

Le métier d’un(e) dirigeant(e) d’entreprises n’est pas tant celui d’un décideur que d’un suiveur. Il doit suivre les tendances des consommateurs, les progrès technologiques de son secteur, les lois nationales ou internationales, les fluctuations boursières, les attentes des banques et plus que tout autre chose sur terre : les avis des actionnaires.

La part de son jugement moral en devient extrêmement réduite.

L’article en lien ci-dessous est l’une des nombreuses illustrations de cette réalité.

Yves de Kerdrel journaliste aux Échos y explique comment l’amélioration de la politique de lutte contre le Sida d’un groupe leader de l’industrie pharmaceutique a été dictée par la peur de perdre des actionnaires : http://www.lesechos.fr/30/04/2003/LesEchos/18898-133-ECH_calpers-reconcilie-la-bourse-et-la-vie.htm

Le grand malentendu

On pourrait pourtant passer en revue l’ensemble des actions positives d’envergure, on y trouverait toujours cette règle d’or : si on souhaite qu’une entreprise fasse évoluer ses pratiques, il est indispensable pour le lobbyiste de lui donner des raisons économiques de le faire :

La volonté de séduire plus de consommateurs ou d’investisseurs

La peur de «perdre» certains de ces mêmes consommateurs ou investisseurs

La volonté d’éviter des amendes pour avoir enfreint une loi nationale ou internationale.

Si aucune action entreprenariale n’est «sincère»… cette absence de sincérité n’a strictement aucune importance.

Si au lieu de condamner les entreprises ou de se résigner (les deux attitudes étant particulièrement compatibles), on comprend et respecte cette logique, on peut amener le changement des pratiques en déterminant quel levier économique utiliser…et il n’y aura alors pas de limite aux améliorations qu’elles seront prêtes à apporter.

Car si leurs motivations personnelles ne seront jamais suffisantes, les êtres humains qui constituent l’entreprise seront toujours dans leur immense majorité ravis d’accompagner son amélioration.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s