Nous sommes formidables

(de l’inconvénient de toujours brosser les Français dans le sens du poil)

 

LE DERNIER TABOU 

Quoi qu’en disent ceux qui éprouvent le besoin de s’inventer une vie de résistant, la diversité d’opinion des médias français est réelle.

Personne ne semble aujourd’hui à l’abri d’une critique médiatique ou politique. Le gouvernement comme l’Etat en tant qu’institution, les personnalités, les grandes entreprises, le gouvernement américain, Bush, Trump et même l’icone Obama en son temps. On retrouve la même logique dans les critiques idéologiques, culture de droite et culture de gauche, libéralisme, altermondialisme. Aucune idée n’est à l’abri.

Le seul et unique rescapé, c’est vous, c’est moi. Celui qui lit son journal, écoute sa radio, regarde sa télévision ou son fil d’information. Ce Français-là. « Les Français ».

Nous, ni médias ni critiques n’oseraient nous critiquer. Nous…

 

NOUS SOMMES FORMIDABLES

A lire médias comme politiques, nous sommes formidables. Nous sommes généreux lors de chaque collecte, courageux lors de chaque catastrophe, héroïques lors de chaque intempérie.

Ceci est d’autant plus remarquable que cette merveille d’être humain que nous sommes vit au troisième sous-sol de l’enfer. A lire les termes employés par médias et politiques, nous Français traversons une crise à coté de laquelle les plaies d’Egypte, la grande peste ou les famines du Biafra étaient des soucis du quotidien. La même terminologie est utilisée pour la situation de la Syrie et celle d’un pays du G8 dont la croissance économique a ralenti après des décennies d’accélération exceptionnelle.

Nous, c’est non seulement la planète mais même la création qui se liguent contre nous.

Rendez-vous compte ! Alors qu’il faut faire des efforts écologiques pour ne pas se sentir coupable, le bio est plus cher que le non bio ! Et diminuer la pollution atmosphérique exige de diminuer l’utilisation des voitures vers les centres urbains.

Pire encore ! Certains fuient la guerre et la misère chez nous et d’autres se refusent à nous laisser notre leadership économique. La tendance politique qui verra toujours un peuple moins privilégié rechercher le statut du plus privilégié n’a pas eu la décence de s’arrêter au lendemain des trente glorieuses.

 

LA POLITIQUE EST UN CONCOURS D’ELOGES

Derrière ces discours, une même technique rhétorique consciente ou inconsciente : Prendre le plus malheureux pour en faire une généralité. On applique à l’extrême. Il est honteux de demander de consommer du bio… à la famille qui a déjà du mal à nourrir ses membres ; Il est scandaleux de demander l’abandon de la voiture individuelle… au salarié précaire éloigné de son lieu de travail. Dans le discours, nous devenons tous cette personne-là.

Nos débats d’opinions sont devenus des concours d’éloges. Les débats sur l’intégration peuvent se résumer à la confrontation de ceux qui pensent que les Français de souche sont le seuls à plaindre et ceux qui pensant que les immigrés et leurs enfants leur volent la palme. Ceux sur l’économie confrontent ces premiers de cordée héroïques et désintéressés que sont les chefs d’entreprise aux travailleurs qui n’ont jamais bénéficié d’un appui de l’Etat.

La système ne nous parle pas comme des imbéciles, le système nous parle comme à des malheureux.

 

QUI TROP SE REGARDE, POINT NE PROGRESSE  

Quelles conséquences ? Après tout les Français n’ont jamais eu besoin de personne pour se sentir malheureux.

La première est que l’on oublie la réalité de notre statut, on oublie « où nous sommes ». Celui qui peut s’acheter un smartphone fait partie des 30% de personnes les plus riches du monde, celui qui a un revenu supérieur à 2 000 Euros net par mois fait partie des 5%.

La seconde est une dilution de notre responsabilité vis à vis de la communauté des êtres. « Nos enfants nous en voudront ». « L’Humanité devrait avoir honte ». Tout le Monde est coupable au même niveau. Le don moyen d’un Français est d’un peu moins de 480 Euros par an[1]. Nous n’avons pas « tout fait pour l’Afrique », nous en avons uniquement beaucoup parlé.

Si ce discours nous rendait plus heureux, nous pourrions au moins en profiter joyeusement en se disant qu’après tout si les Hindous ont raison pour la réincarnation autant en profiter maintenant.

Mais le bonheur ne passera pas par là. Au-delà du discours médiatique environnant, chacun de nous est conscient au fond de cette absence de partage. Le placard a beau être fermé à triple tour, ça tape à la porte.

 

SORTIR DE LA CRISE MORALE

On ne sortira pas de la crise des valeurs tant que les Français ne remettront pas en cause leur rapport au reste de l’Humanité, 

Le fait que l’alpha et l’oméga de toute politique se résume aujourd’hui à un unique indicateur, celui de la compétitivité des entreprises nationales est la plus triste conséquence de cette réalité médiatique et politique. Les Américains (ces égoistes beaucoup plus responsables que nous) ont une expression The big picture.

Un débat n’a jamais été posé. Celui sur la possibilité d’une paupérisation des Français pour plus de justice internationale. Idée stupide, réalisable ? Impossible de le savoir tant que le débat ne sera pas posé.

 

 

NB : L’auteur décline toute responsabilité sur les conséquences pour la carrière du ou de la première responsable politique qui proposera cette approche. Sur celles de ses successeurs, il veut bien mettre une pièce.

 

 

[1]          http://www.recherches-solidarites.org/media/uploads/la_generosite-2016-vf.pdf

 

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