Super Dupont

 

The world is not his playground

La phrase de Coluche «Dans le monde, il y a quand même 7 milliards d’Etrangers» (4 milliards dans la version originale) pourrait être la devise des hommes politiques français :

Ils ont été informés de l’existence de «Non Français». Ils n’ignorent pas que ces derniers occupent une partie conséquente du monde. Mais ils ne voient pas en quoi cette réalité devrait influer réellement leurs décisions et leurs discours.

Publiquement, les hommes politiques parlent peu de «contexte international». Et quand ils en parlent, on pourrait croire que celui-ci est une espèce de constat inamovible sur laquelle ils ne peuvent influer. La France a beau faire partie du G7 ou être membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU (5 pays au monde !), rien ne semble pouvoir changer cette vision : «Mais mon bon Monsieur, le contexte international, on le changera po.»

En bref, les hommes et femmes politiques sont un peu perdus dans la période de transition que nous traversons. Quelqu’un leur a supprimé leurs repères.

Au début du siècle dernier, Dreyfusards et Antidreyfusards se disputaient à travers l’issue d’un procès sur toute une vision de la société. Collectivisme ou Individualisme, Internationalisme ou Patriotisme, Laïcité ou Catholicisme se mêlaient dans la réponse à une simple question : «Que faut-il changer dans la Société ?» Ou encore «C’est comment que c’est le mieux pour vivre ensemble ?».

Ce combat dominant faisait suite à beaucoup d’autres : Parlementaristes et Bonapartistes, Monarchistes et Républicains, Jacobins et Régionalistes, Catholiques et Laïques s’étaient successivement partagés la vedette dans cette course vers la société de demain.

L’après guerre vit la montée en puissance d’un autre combat, celui des partisans et «compagnons de route» du Communisme contre les Atlantistes proches d’une way of life américaine.

Au cœur des débats, se mêlaient toujours notions économiques et philosophiques.

Le plan Marshall, énorme aide financière américaine qui permit une relance rapide de l’économie européenne après guerre était motivé par une volonté d’empêcher l’expansion du communisme.

Le premier homme dans l’espace, le premier sur la lune correspondaient à une course symbolique entre les deux super puissances.

La plupart des guerres d’indépendances, la plupart des renversements de gouvernements en Afrique et en Asie furent soutenus par l’un des deux camps. Les nouveaux régimes choisissant alors entre l’un des deux parrainages. Un pays existait alors au niveau international par son niveau d’alignement sur l’une des deux puissances.

Sartre, Camus, Aron et autres penseurs situaient leurs analyses en fonctions de ces deux pôles.

La liste pourrait être étendue à la course à l’armement, celle aux succès sportifs jusqu’à une bonne part de la création artistique.

Et il se trouve qu’aux dernières nouvelles, l’un des deux concurrents aurait jeté l’éponge…

Nos avenirs possibles

Pour vivre ensemble, nous avons besoin de projets, d’avenirs possibles. La Politique n’est rien d’autre qu’une concurrence entre le monde dans lequel nous vivons et celui dans lequel certains voudraient vivre.

Et bien au-delà de la Politique, une société comme la nôtre peut difficilement vivre sans projet d’avenir, sans rêves : Le cerveau humain ne connaît pas l’immobilisme. Les gains fabuleux de niveaux de vie depuis la fin de la seconde guerre mondiale n’ont pas amené un sentiment de satisfaction :. Elles ont créé de nouveaux besoins, des besoins spirituels.

On peut juger ce besoin bourgeois et désuet mais il est là.

Une absence de vision

Et des projets d’avenir, les familles politiques présentes en France n’en proposent plus depuis quelques temps déjà :

Le Gaullisme correspondait à une analyse très pertinente…de l’époque de la guerre froide. Il était alors très difficile de ne pas devenir un simple satellite de l’une des deux puissances. En jouant habilement entre rapprochements et prises de distance, la France a sur alors conservé une véritable identité politique.

En comparaison, le Souverainisme ressemblait et ressemble encore à une pale copie. On ne retrouve aucunement dans ce projet politique la volonté gaullienne de permettre à la France d’influer sur la réalité mondiale. Cette ambition est remplacée par une simple peur du Monde qui se traduit en terme de propositions concrètes par une série d’initiatives d’isolement.

L’écologie sauvera le politique ?

L’Écologie sera peut-être à l’origine d’un véritable projet. Mais pour l’heure, ses partisans n’ont pas fait de choix entre des projets aussi différents que la Décroissance (limiter les dépenses énergétiques mondiales par la diminution des échanges mondiaux. Il s’agit de diviser le monde en régions autosuffisantes pour éviter toute importation de produits lointains trop consommatrice d’énergies), l’Ecologie sociale ou le Libéralisme écologique (Ne pas changer le modèle actuel mais le faire évoluer par une meilleure intégration des questions environnementales).

On peut difficilement reprocher aux Libéraux de ne pas proposer de nouveaux projets. Ils représentent la seule famille politique satisfaite du fonctionnement actuel. C’est celui qui représente leur vision du monde idéal.

Resp. socialistes cherch. proj.

Les Socialistes français souffrent trop pour leur part du syndrome de Super Dupont pour pouvoir proposer un véritable nouvel avenir. Oubliant leurs vieilles racines internationalistes, ils pensent les Français trop peu conscients des réalités internationales pour pouvoir construire un nouveau modèle basé sur une analyse mondiale des situations.

Ce constat «Ils ne sont pas prêts», «Nous, nous en sommes bien conscients mais eux…» est partagé par la quasi-totalité des responsables politiques.

Et pourtant, il est impossible de penser à une nouvelle société sans passer par la case internationale. Bien plus ! Sans mettre au cœur de cette société l’influence sur le contexte international.

Ce qui tombe bien vu que notre analyse à nous, petits Français, est de plus en plus mondiale.

Les négociations internationales ont fait leur entrée dans l’univers médiatique. L’ONU, l’OMC, l’OMS font infiniment plus partie de la réalité des étudiants d’aujourd’hui que de ceux des années 80. L’emploi et la santé en France représentent toujours les premières de nos préoccupations mais personne n’ignore encore l’influence du contexte international sur celui-ci.

Les politiques français connaissent pourtant la réalité de l’influence du monde sur la France. 60 % des nouvelles lois françaises sont des applications des directives européennes, les décisions de l’OMC définissent et encadrent tout développement économique de notre pays.

De façon plus générale, ils savent que la France ne pourra répondre seule aux principaux enjeux de son propre avenir. Deux exemples parmi d’autres :

Le 19 juillet 1986, la centrale de Tchernobyl explose. Un nuage de radioactivité s’échappe. Il franchit en quelques jours les frontières de la Pologne, de l’Autriche, de l’Allemagne et de la France.

Totalement inconscient des réalités géopolitiques, il se déplace au mépris des accords et traités frontaliers (dont certains étaient le résultat de milliers d’heures de négociations, de rédaction et de relecture de documents de fonctionnaires internationaux. Les nuages radioactifs ne respectent rien).

Le 14 juin 2002, on apprend qu’un nouveau virus, le SRAS, a été repéré en Asie. Quelques jours plus tard, des cas sont isolés en Australie, en Espagne et aux Etats-Unis.

Ici encore, le virus ne choisit pas ses corps d’accueil en fonction des accords sanitaires pourtant particulièrement explicites. Le virus et l’inquiétude ont été dissipés. Et… bienvenue à la grippe aviaire !

En France, nous avons eu de la chance pour ce virus et ce nuage nucléaire. L’échappée de radioactivité de Tchernobyl a été limitée et l’épidémie de SRAS ne s’est pas révélée pour l’instant aussi mortelle qu’elle aurait pu l’être.

Les chances que ce type d’accident démarre en France sont infinitésimales. Comptant parmi les pays les plus riches du Monde, la France dispose d’un système de protection des centrales et de veille sanitaire parmi les plus développés.

Mais ces mêmes systèmes ne garantissent pas que des accidents nés ailleurs ne puissent pas se propager sur notre territoire.

Cette sécurité, inexistante à ce jour, seules deux actions peuvent la renforcer :

  • L’obtention d’un engagement formel de la part du virus du SRAS, des nuages radioactifs mais également des autres virus existants ou à naître ainsi que des nuages ou marées chimiques dans leur ensemble de respecter dorénavant les accords politiques.

  • Le financement d’un système de veille et de protection sur l’ensemble du globe permettant de limiter au maximum tout nouvel accident, tout nouveau virus.

Pour se protéger une Nation doit protéger le Monde.

Conscients de cette réalité, les politiques français continuent pourtant à ne pas intégrer la volonté d’agir sur le contexte international au cœur de leurs discours et de leurs programmes.

Les règles internationales peuvent être infiniment plus justes. Les ressources agricoles, sanitaires et environnementales sont suffisamment importantes pour permettre l’existence d’un minimum partout dans le Monde. Si on regarde les efforts faits au-delà des l’inflation des discours, force est de constater qu’ils sont négligeables. Parmi les pays riches, la part consacré à la responsabilité mondiale est de 0,5 % du PIB…pour les plus avancés.

Indécent, criminel…les adjectifs moraux n’ont pas manqué pour critiquer cet effort ridicule.

Il est surtout dangereux. Dangereux car nul ne sait qui seront demain les plus riches et les plus pauvres. Si la France a aujourd’hui une véritable influence sur les règles internationales, la comparaison de notre taux de croissance économique avec celui de pays émergents comme la Chine ou l’Inde appuie l’idée d’une inversion du rapport de force à moyen terme.

Si la France peut encore agir… ce n’est plus que pendant quelques années. 

Publicités